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La mémoire du Quartier


        

 

 - I Préboisé -  Le Centre Cardio-vasculaire Cantini

- II C'était des champs ...

- III Au fil des ans ... la Magalone a vu son périmètre se rétrécir ...

 

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I -  Préboisé  - Le Centre cardio-vasculaire Cantini 

La Bastide

En septembre 2011 nous avons reçu un courrier électronique d'une dame actuellement domiciliée en région parisienne - qui avait trouvé sur notre site internet, notre article sur la Clinique moderne  - Cette dame, Madame Catherine Thomas, née Bedel recherchait des informations sur Préboisé où ses grands-parents avaient vécu de 1920 à la fin des années 30.

Madame Thomas nous apprend  que ses grands-parents, Yvan et Jeanne Pallez, ont emménagé à Préboisé début 1920 ( ci-dessous, une photo qu'elle a pu retrouver dans ses archives).

Cette maison de Préboisé, acquise en 1920 par la famille Pallez, était-elle cette bastide construite au XIXeme siècle par le négociant Eugène Charponnière ? C'est fort possible : rappelons en effet que le lotissement Préboisé n'a été créé qu'en 1930, et cette maison était peut-être la seule existant à cet endroit avant la création du lotissement.

Madame Thomas nous apprend aussi que ses grands-parents, ruinés par la crise de 1929, ont dû quitter cette maison et la vendre à un prometeur (en 1933, selon un premier courrier de Madame Thomas). On peut supposer qu'elle a été détruite pour laisser place  à notre "Clinique moderne" dont le Conseil d'administration a finalement en 1938, après sans doute peu d'années d'exercice de médecine privée, décidé de la vendre aux "Hospices de la Ville".

Mais si ces courriers de Madame Thomas nous aident, sous réserves de quelques vérifications de dates, à compléter l'histoire de la "Clinique moderne", devenue ensuite "Ecole militaire d'Administration", hôpital de la "Kriegsmarine", puis enfin "Le Centre cardio-vasculaire Cantini", ils nous apportent aussi des informations très intéressantes concernant d'autres lieux célèbres de Marseille.

En effet, Madame Thomas indique que ses grands-parents Pallez se sont  installés dans la bastide de Préboisé, après avoir vendu en 1919, le château de la Buzine que son arrière-grand-père, Louis-Félix Pallez, officier de Marine Directeur des mouvements du Port, avait acheté en 1896 (ayant quitté sa résidence précédente du château du Coronet, devenu plus tard la clinique Bouchard rue du Docteur Escat).

En 1903, la famille Pallez (selon une information que nous avons trouvée sur Internet) ajouta d'ailleurs une aile au château de la Buzine, pour en faire un salon de musique, tradition musicale que la famille perpétua dans la bastide Préboisé, où le grand-père de Madame Thomas, lui-même violoncelliste, organisait des concerts. Profitons-en pour signaler que notre correspondante est l'auteur, avec son frère, Monsieur Jean-François Bedel, du livre "La destinée du Château de ma Mère", Edition Ariès, 1991.

            

Le château de la Buzine                                                                             La famille Pallez et leurs amis musiciens

Nous voici donc, à partir de la "Clinique moderne" à Préboisé, maintenant renvoyés et reliés à un lieu devenu prestigieux de l'histoire de Marseille, ce château de la Buzine que Marcel Pagnol racheta en 1941, ce château dont il voulait faire une "Cité du Cinéma", souhait finalement réalisé par la Ville de Marseille qui, après réhabilitation et aménagements du bâtiment, en a fait la "Maison des cinématographies de la Méditerranée".

 

La Clinique Moderne - Le Centre cardio-vasculaire Cantini

 La bastide fit place dans les années 1930 à une clinique. Le parc de l'ancienne bastide fut mis en lotissement (ouverture des avenues Védrines et Coli).

Sur cette photo de 1933, on peut voir : la Clinique Moderne - les quelques villas déjà construites dans le lotissement "Préboisé" - au 2ème plan l'usine "La Carbonique Française" - au troisième plan ce qui deviendra l'avenue Vitton.

Le Conseil d'administration de la Clinique Moderne projeta en 1938 de la vendre aux Hospices de la Ville, mais la guerre de 1939.1945  en décida autrement. Devant quitter le Fort de Vincennes en septembre 1939, l'Ecole militaire d'administration finit par s'installer à Marseille, en septembre 1941, dans les locaux de la clinique.

 

Entrée de l'Ecole Militaire d'Administration. On reconnaît,à gauche, le bâtiment de la Clinique Moderne.

En janvier, 1943, les Allemands demandent l'évacuation des locaux. L'Ecole Militaire d'Administration fut expulsée pour laisser place à un hôpital de la Kriegs Marine (Marine de Guerre allemande).

Après la Libération,  plus précisément en 1946, l'ex-Clinique Moderne est acquise par la Chambre de Commerce, puis par la Caisse Régionale de Sécurité sociale; en 1949 l'Assistance publique l'achète à son tour, avec le projet d'y installer le Centre Anti-cancéreux, puis une maternité; en fait, c'est l'Ecole de Puériculture qui s'y installe... mais pour quelques mois seulement.

Entre janvier et mai 1952, une épidémie de variole sévit à Marseille, le 1er mars 1952, neuf malades et une quarantaine de "contacts" sont évacués dans l'ex-clinique "qui offre l'avantage d'être isolée dans un jardin large bien clôturé, dans un quartier de texture très large"; des forces de police montent la garde; les mesures d'isolement prises sont draconiennes.

En 1954, l'Assistance Publique décide de donner à la clinique le nom de Clinique Jules Cantini, réalisant les voeux d'un de ses plus généreux donateurs.

En 1956, le Centre Médico-Chirurgical Jules Cantini ouvre, sous la direction des Professeurs Robert de Vernejoul et André Jouve. En 1962, le Professeur Edmond Henry succède au Professeur Robert de Vernejoul.

Centre cardio-vasculaire Cantini 1956/1990

" La disparition du Centre Cantini, pour toute une génération de médecins, signifie la disparition d'un lieu exceptionnel. Un lieu animé par deux grands patrons : le Professeur André Jouve, chef de service de cardiologie médicale et le Professeur Edmond Henry, chef de chirurgie cardiaque. Le Centre Cantini avait, à cette époque, l'extrême originalité d'associer sur un même site la cardiologie médicale et la chirurgie cardiaque.

Médecins, chirurgiens et infirmières, nous avions le sentiment d'avoir le privilège et l'honneur d'y travailler. Pour beaucoup d'entre nous, cette période fut la plus enrichissante de notre activité professionnelle.

Cantini avait une réputation internationale. J'ai eu la chance d'y arriver comme jeune interne au début des années 60 et de participer à un éblouissant feu d'artifice cardiologique avec : la naissance de la réanimation cardiaque et des premiers chocs électriques externes - la naissance des premiers pace-makers - la naissance de la coronographie - la naissance de la chirurgie cardiaque et les premières transplantations (chacun se souvient d'Emmanuel Vitria qui fut transplanté à Cantini par les professeurs E. Henry et R. Montiès, avec une survie exceptionnelle de 16 ans).

Le Centre Cantini fut également réputé pour son école d'électrocardiographie et son enseignement;

Je garde le souvenir de l'éclectisme, de la rigueur scientifique et du dévouement des Professeurs André Jouve et Edmond Henry qui ont largement contribué à la renommée médicale de Marseille.

Marseille ne doit pas les oublier.

Dr Maurice Arnoux  - Ancien interne des Hôpitaux de Marseille - Ancien Chef de Clinique du Centre Cantini.

 

Le 12 avril 2010 a été inaugurée la Résidence Flora Park qui s'élève maintenant là où était le bâtiment de la "Clinique Moderne".

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II - C'était des champs...

Madame C.., résidente du Petit Trioulet, a répondu à notre "appel à témoignages" sur les grands ensembles résidentiels du secteur de notre CIQ. Elle a bien voulu nous accorder un entretien. Qu'elle en soit ici remerciée. Nous avons voulu conserver dans la transcription de l'entretien le style "parlé" de l'interview qui n'avait pas seulemnt pour but de recueillir des informations, mais aussi les sentiments de la personne lors de son installation, et la façon dont elle a vécu et vit actuellemnt ce lieu.

Donc en 1954....

"...Au coin de la rue Vitton, il y avait une villa qui faisait épicerie, dépôt de pain, c'était le seul magasin dans le quartier.... C'était des champs... là où il y a l'école maternelle, tout ça c'était des champs. Il y avait une laiterie au bout du boulevard Gilibert... maintenant c'est une habitation ordinaire.... Il y avait vraiment rien.... Il n'y avait que le tramway qui venait sur Michelet... le 21 qui partait de la Préfecture et qui allait jusqu'à Mazeargues.... On n'avait évidemment pas de parking, ici c'était un grand champ... c'était vraiment agréable...

On était deux locataires à emménager le 1er mai 1954... avec Madame X.., qui habite maintenant au Grand Trioulet... Avec mon mari quand on s'est mariés,  pendant trois ans nous étions en meublé, on n'a pas voulu payer un autre mois et on a emménagé au Trioulet ! C'était encore deans les plâtres.... c'était vraiment.. on a été les premiers ! Le 1er mai 1954 !...

Avant j'habitais chez mes parents...Je suis une vraie marseillaise! ... Je suis née à la rue Beaumont et je n'ai jamais quitté Marseille ....

Cette installation ici, on l'a bien vécue.... Bien bien ! ... Un peu cafardeuse parceque j'avais l'habitude de la ville... Je me suis retrouvée, c'était la campagne ici, vraiment !.... Je travaillais, mais le dimanche...! J'ai mis longtemps à m'habituer... et puis après, on s'habitue à tout ! Et maintenant, je n'irais plus vivre en ville !...

Le Grand Trioulet a été construit deux ans après... en 1956... et après, il y a eu Sévigné, en 61... quand les premiers Pieds-noirs sont arrivés à Marseille. D'ailleurs c'est habité presque uniquement par des Pieds-noirs.... Là où il y a Sévigné, avant, il n'y avait rien... là où il y a le Casino, c'était des champs....Là où il y a le collège, l'école, on allait chercher nos légumes chez le paysan... c'était la campagne! ...

Je me souviens de l'arrivée des rapatriés...ils ont mis du temps à d'adapter... et nous aussi ! Enfin, après ça allait... c'était une période d'adaptation.... C'était une façon de vivre qui n'était pas la nnôtre..., après ils se sont adaptés... mais c'est vrai qu'il y a eu un  petit moment de ... mais maintenant ça va !...

  

Au Petit Trioulet, les premiers locataires, c'était la plupart ou des employés municipaux, ou de la Police....Il y avait beaucoup de gens de la police et d'employés municipaux.... dont était mon mari.... Et maintenant, on est beaucoup d'ethnies différentes... il y en a de plus en plus... mais enfin, ça va... on s'habitue les uns les autres, hein ? ... Les Tunisiens ils sont très sympa... mais c'est vrai qu'au début, ça fait drôle... Il y a eu une famille, puis après une autre famille.... Ils sont obligés de nous faire un quota... mais ça va !... Je crois qu'on arrive bien à se ... surtout  que le Trioulet, c'est un endroit... c'est assez recherché comme endroit ... parce qu'il ya d'autres HLM qui sont ... beaucoup plus difficiles... Si vous voyiez comme c'est entretenu !

Je ne connais pas beaucoup les autres gens du Trioulet... Ici ça a toujours été tranquille.... C'est à dire que nous, nous vivons au Petit Trioulet; le Grand Trioulet, je ne sais pas.... ils sont plus nombreux, aussi ... c'est des grandes familles llà bas... , ici si ça fait deux ou trois enfants, c'est tout, ce sont de petits appartements..., alorsqu'au Grand Trioulet ils sont plus grands et ils sont plus nombreux... 80 appartements peut-être, ici on est 40... donc, en face c'est sûrement le double. Il y a 12 étages... ici ça s'arrête à 4... Et puis ce sont des petits appartements, donc il y a moins d'enfants.... Mais on n'a pas trop de contact avec le Grand Trioulet..., moi je n'y connais personne... même ici maintenant, il ya beaucoup de gens qui ont déménagé...on était tous des jeunes mariés, les enfants sont partis et il n'en est pas resté tellement... On est peut-être une dizaine dans le Petit Trioulet d'anciens locataires ... ça a changé par de nouveaux locataires.

54...ça fait un bail ! ...

Au Grand Trioulet, il y avait des employés municipaux, des fonctionnaires.... il y a même eu le Substitut du Procureur de la Répubique qui y habitait....

E la Clinique Cantini..., elle était bien; on la connaissait... et Emmanuel Vitria habitait aussi au Grand Trioulet... notre opéré du coeur national !... et après il s'occupait des donneurs de sang... mon mari faisait partie des donneurs de sang et il me disait : "Il fume, il boit... comme une personne normale !...".

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III - Au fil des ans...   La Magalone

 

Nous ne connaissons pas l’étendue exacte de la propriété lors de la construction de la bastide à la fin du XVIIème siècle, mais un rapport daté  nous permet d’avoir l’état de la propriété en 1781.

 

Elle se composait de trois sections d’une surface totale  de plus de 17 hectares.

- 1/ Le Treillat de 70 carterées. Section située entre le chemin vicinal de Sainte-Marguerite à Mazargues ( Augustin Aubert) et l’Ancien chemin de Mazargues*, avec terres, vignes, arbres, près, jardins clos, viviers, bassins, lavoirs et cascades, cour, grands et petits bâtiments et dépendances, chapelle, hangars, logements pour paysans, écuries, remises.

* La partie de l’Ancien chemin de Mazargues qui était comprise  entre le boulevard Barral et le boulevard Luce n’existe plus, la partie du chemin  allant du Bd Luce à  Mazargues  porte  le nom aujourd’hui  de rue  Jules Isaac.

 

- 2/ La Guena ou La Brune* de 12 carterées.

 *Rebaptisée La Cravache, elle servit de haras d’entraînement et fut lotie dans les années 1960.

 

- 3/ Une portion de 3 carterées, en face du portail d’entrée de la propriété, entre l’Ancien chemin de Mazargues et le Chemin vicinal n°8  (l’avenue de Mazargues).

* La carterée valait 2044 m2.

 

Le plan parcellaire de 1880  nous permet  d’avoir une idée précise de l’aspect de la propriété Buret*  qui  ne couvre plus à cette date qu’une superficie de  12,5 hectares.

* Charles Buret : le père de Mme de Ferry

 

    

 

 

Le portail de l’entrée principale (point rouge), qui se trouvait sur l’Ancien Chemin de Mazargues, était à deux vantaux avec ornements, monté sur deux pilastres en pierre d’Arles, ayant corniches et urnes. Il était construit au centre d’un fer à cheval  formé par deux murs auxquels s’adossaient des petits bancs en pierre de taille et des butte-roues.

A l’intérieur,  une allée bordée d’arbres traversait le ruisseau La Gouffone, rejoignait la bastide,  puis se prolongeait derrière elle au Nord-Est, se dirigeant vers un autre portail (point jaune) qui s’ouvrait  sur le chemin vicinal de Sainte-Marguerite à Mazargues ( actuellement rue Augustin Aubert).

 

En 1890, avec le percement du boulevard  de Mazargues (Michelet), la propriété fut coupée en deux et fut  amputée d’une bande de terrain de 45 mètres de large.

 

En 1924, Madame de Ferry donne à ses deux filles indivisément et pour moitié la propriété de La Magalone. La dotation concerne uniquement la partie à l’Est du boulevard Michelet ;  Madame de Ferry ayant gardé les terrains situés à l’Ouest, terrains  qu’elle cédera en partie à un  particulier.

 

En 1947, ce terrain est acquis par l’Etat.

 

     

 

En 1949, Le Corbusier y construit La Cité Radieuse.

En hommage à madame de Ferry, une impasse tracée sur une partie de l'ancien chemin de Mazargues prend le nom de Marie de Sormiou.

 

En 1954, les deux filles de Madame de Ferry, Madame la marquise de La Font Chabert (née Marie-Thérèse de Ferry) et Madame la comtesse de Beylié (née Laurence Marie-Louise de Ferry) partagent la propriété en deux lots.

 

1/ La bastide avec les jardins et les bosquets ont été attribués à Madame la comtesse de Beylié

 

 

2/ Sur la partie de la propriété appartenant à Madame de Font Chabert,   l’ensemble immobilier du Parc Sévigné se construit en 1960.

 

    

 

Des  nouvelles apparaissent :

- la rue Mignard qui suit probablement le tracé de l'ancienne allée de la propriété qui s'ouvrait sur le chemin vicinal de Sainte-Marguerite à Mazargues (rue Augustin Aubert).

 

-l'avenue de La Magalone dont le tracé se situe (sur le plan parcellaire de 1880) à la limite des propriétés Buret et Luce.

 

- la rue Rabutin Chantal dont le début permet la jonction entre les deux voies précédentes, pour ensuite entourer l'ensemble immobilier.

 

En 1964, mort de Madame de Beylié, qui a fait légataire universelle Madame Chantal de La Font Chabert, fille de la marquise de La Font Chabert (épouse du général de Buzonnière).

 

En 1970, acquisition par l'Union pour l'Habitation du terrain situé sur la partie Est de la propriété.

Construction des Petites Magalones

 

  

 

 

Dans les années 1980, un petit immeuble est construit au Nord de la propriété, à quelques mètres de la bastide :

Les Jardins de La Magalone.

 

   

 

 

En 1987, La Magalone est achetée par la Ville de Marseille, la Cité de la Musique s'y installe.

 

 

Au fil des ans, La Magalone a vu son périmètre se rétrécir de manière impressionnante, et  il est du reste étonnant qu’après les nombreuses amputations survenues,  nous trouvions encore dans la composition du paysage  cet équilibre qui en  fait tout le charme. 

 

 

Sources et extraits :

-          Archives Municipales

-      Jean-Pierre Saurin ( Revus culturelle Marseille «  Les bastides »)

-          Henry Luppi (Comité du Vieux Marseille «  Les bastides »  )

-          Jean Pierre Saurin (Revue culturelle Marseille « La Magalone »)

 

 

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